Le Nouveau Grand Bazar de Lyon

Le Nouveau Grand Bazar de Lyon est un exemple d’intégration d’une architecture de verre dans un tissu urbain ancien.

Il est situé dans le centre-ville de Lyon, sur la Presqu’île, entre la rue de la République et la place des Cordeliers, dans le périmètre UNESCO. Il abrite les magasins H&M et Monoprix ainsi que des bureaux.

La majorité des édifices qui l’entourent datent du Second Empire. En face de lui, les immeubles ont été construits en 1856 : celui du Bar Américain a été dessiné par Jean-Etienne-Frédéric Giniez et celui de la Grande Pharmacie par Jean-Marie Anselme Lablatinière. Ils possèdent tous six niveaux dont un étage mansardé. Cette particularité est une mode venue de Paris au Second Empire et sera appliquée à Lyon jusqu’en 1874. Sur l’actuelle place des Cordeliers s’élève le Palais de la Bourse (aujourd’hui la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon), réalisé d’après les plans de René Dardel et inauguré en 1860. L’édifice fait l’objet d’un classement au titre des Monuments historiques depuis 1994.

Tout l’environnement urbain du Grand Bazar est donc fortement imprégné par une architecture typique du Second Empire : des constructions en pierre de taille et des décors marqués historiquement. Le nouvel édifice devait donc parvenir à s’intégrer entre les immeubles alentours en respectant leur typologie.

Le Nouveau Grand Bazar a été conçu en 2007 par le cabinet d’architecture de Jean-Pierre Buffi, associé à Philippe de Fouchier. Les architectes ont choisi une structure d’acier et de verre qui tranche nettement avec la pierre omniprésente sur les édifices voisins. Le Bureau d’étude qui a travaillé sur les façades est HDA Paris-Hugh Dutton Associés (pour mémoire Hugh Dutton est l’un des ingénieurs qui participa, avec Peter Rice, à l’invention du verre structurel mis au point pour les serres de la Cité des Sciences à Paris). Les ingénieurs proposèrent une façade en verre agrafé soutenu par une structure intérieure métallique légère pour les trois premiers niveaux afin d’optimiser la transparence.

L’édifice est très moderne mais un effort d’intégration a tout de même été réalisé : il suit l’alignement de la rue de la République et possède six niveaux, comme les autres immeubles alentour. Par ailleurs, le dernier étage est légèrement en retrait, afin de rappeler les étages mansardés des constructions voisines. De plus, aux étages supérieurs des brise-soleil en lames de cuivres ont été apposés, créant une coiffure striée, rappelant là encore les toitures mansardées du XIXe siècle.

La façade est constituée d’une structure en verre totalement lisse pour les trois premiers niveaux : elle est ainsi totalement réfléchissante la journée et transparente la nuit.

Il s’agit d’une architecture presque paradoxale, car elle est monumentale et en même temps disparaît derrière le jeu des reflets et des transparences. Durant la journée, les façades de verre renvoient l’image des édifices alentours, notamment du Palais de la Bourse. Elles sont comme des miroirs qui mettent en valeur le patrimoine bâti du quartier. L’architecture est masquée par les reflets qui captent toute l’attention du passant. De plus, l’inclinaison des trois premiers niveaux accentue cet effet, car elle renvoie les reflets vers le bas, comme pour les mettre à hauteur des piétons.

Le verre permet une architecture mouvante, changeante, mobile, comme un écran sur lequel est projeté le monde. C’est également une architecture de la simultanéité, car la surface de verre, donc l’édifice lui-même, et les reflets qu’elle produit sont perceptibles dans le même temps. Comme pour une peinture cubiste, les plans sont écrasés : ici, la surface de l’édifice et ce qui est devant lui sont fondus dans une seule image qui est portée par la façade de verre.

La nuit, les façades se dématérialisent visuellement pour donner à voir l’intérieur. Là encore, ce n’est pas l’architecture elle-même qui est visible, mais ce qu’elle renferme, en l’occurrence des rayonnages et des produits mis en vente. L’édifice est une membrane transparente qui met en valeur son contenu, à la manière d’une vitrine. Ici, la vitrine est sortie de ses limites pour devenir l’édifice lui-même.

Nous sommes face à une architecture qui se montre par les effets produits plus que par sa matérialité.

« Le public ne peut plus rien voir d’autre qu’un immense reflet dans le bâtiment qui est devenu un pur objet abstrait, à savoir non plus lui-même, mais ce qui lui est extérieur : un autre bâtiment, le ciel, la circulation automobile,… Le bâtiment est devenu une chose-de-surface, le lieu d’inscription d’éléments situés hors-de-sa-surface. Le bâtiment n’informe plus sur lui-même, il scotomise toute tentative de regard interrogateur ou scrutateur. »

PERELMAN Marc, « D’avantage de lumière ! » in DUBUS Pascale (dir.), Transparences, Paris, éditions de la Passion, 1999, p.141.

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